WASABI : LE POURQUOI DU COMMENT ?

Bonjour à tous !

Bienvenue pour ce nouvel article, le tout premier de notre (incroyable s’il en est) making-of de WASABI. Avec le souci de cohérence qui nous caractérise, nous allons commencer par le commencement en répondant à cette grande question : comment est né le projet ?

Bon, ok, ce n’est peut-être pas la problématique qui vous intéresse le plus, mais croyez-nous, elle est essentielle. Un vieux proverbe grec affirme que le « commencement est plus que la moitié »… et cela s’applique parfaitement à WASABI ! Sur un sujet aussi technique que le numérique éthique et écologique, imaginer le monde d’après que l’on souhaite, et déterminer les moyens que l’on va mettre en place pour l’atteindre, pour une petite association étudiante, c’est déjà énorme ! Et indispensable si l’on ne veut pas se disperser, se retrouver incapable de hiérarchiser ses priorités, pour finalement aboutir… à rien.

Il y a une infinité de bonnes raisons pour se lancer dans la confection de son projet WASABI (même si certaines sont meilleures que d’autres), et nous ne prétendons pas forcément avoir été motivées par les meilleures. Ce n’est pas pour ça qu’on va s’empêcher de mettre en avant ce qui nous a poussé, avec Agir, à s’engager dans ce projet . Autant par souci de transparence (vous n’allez tout de même pas nous suivre sans savoir ce que l’on veut précisément) que pour le plaisir de vous donner quelques pistes de réflexions si vous avez envie de vous lancer dans un autre établissement.

Si vous avez envie de quelque chose de plus concret, on parlera ensuite du plan d’action que l’on a mis en place pour améliorer un peu les choses. Très concrètement : comment une petite association étudiante peut-elle, à son échelle, changer nos pratiques numériques ?

En somme, que de belles questions, auxquelles nous allons répondre sans plus tarder (on sait que vous ne préfériez ne jamais voir la fin de cette introduction, tant sa qualité littéraire est grande, mais ne vous inquiétez : la suite aussi vaut le détour 😁).

I) Bref état des lieux du numérique :

Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, l’année universitaire 2020-2021 a été marquée par un sympathique virus, affublé du doux nom de covid-19, qui, s’il a contribué à réduire un peu la pollution de l’air (toujours chercher le positif), a considérablement réduit l’activité des associations étudiantes… notamment celle d’Agir Alternatif, votre asso écolo préférée ! Privés de nos indémodables paniers bios, si nous voulions continuer à mener des actions eco-friendly tout en s’abstenant de contribuer à la surpopulation hospitalière, il ne nous restait plus qu’un seul territoire à coloniser : celui du numérique.

WASABI a donc été en parti un projet de circonstance, poussé par la crise sanitaire… mais pas que ! On ne reviendra pas en détail sur l’impact environnemental du numérique (non pas que le sujet soit inintéressant, mais nous le traitons déjà dans cet autre article), mais contentons-nous de rappeler quelques chiffres synthétiques. Aujourd’hui, le numérique représente 4 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales, une proportion en constante augmentation (et malheureusement, ce n’est pas à cause d’une réduction des autres pôles d’émission…). Les études sur le sujet donnent des chiffres parfois divergents, mais si on continue sur notre lancée, on peut sans trop s’avancer envisager un doublement d’ici 10 ans (et encore, on part sur un des scénarios les plus optimistes)

Si 4 %, cela peut sembler relativement peu (on vous le concède, devenir végétarien aura plus d’impact que de cesser de regarder Netflix) on a tout à craindre des évolutions du secteur dans les prochaines années. Et pour limiter la casse, en tant qu’asso, notre premier devoir se révèle être d’informer sur les moyens possibles de rendre notre usage du numérique moins directement polluant. On connaît les deux plus gros pôles d’émission : le renouvellement du hardware (tous les téléphones, ordinateurs, montres connectées et autres petits appareils que l’on utilise au quotidien…) et le visionnage de vidéos. Ces deux thématiques représentent déjà à elles seules 75 % des émissions GES du numérique, et le marteler est un excellent moyen de permettre à tout un chacun de prioriser son action pour améliorer son emprunte carbone.

Ce constat établi, nous devions encore pousser l’analyse un peu plus loin, pour saisir d’autres impacts plus indirects du numérique, ou plus exactement de son fonctionnement actuel (soyons très clair, le numérique est juste quelque chose de génial… le seul problème est qu’on s’est évertués à trouver la pire façon de l’utiliser !). Plus précisément, la question de l’internet que nous voulions se posait plus particulièrement. Parce que malheureusement, un espace dominé par quelques plateformes dont le principal souci est de nous refourguer de la publicité ciblée, stade suprême de l’hyper-consommation, ce n’est pas non plus quelque chose de réellement en accord avec les valeurs portées par Agir. Sans parler des problématiques d’ultra-individualisation posées par la personnalisation à l’extrême de nos résultats de recherche sur le net, et de nos listes d’amis sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas forcément une thématique dont on verrait l’écologie s’emparer, mais le renfermement au sein d’un cocon virtuel empêche d’aborder sereinement des problèmes de fond, long terme, ce qui est pourtant nécessaire à l’émergence d’un monde plus écologique. Les élections de présidents tels que Jair Bolsonaro et Donald Trump (dont l’action s’est révélée relativement peu favorables au climat) ont en grande partie été permises par la circulation de fake news et l’usage de publicités ciblées sur les grands médias sociaux.

En plus d’envisager un numérique moins polluant, il nous fallait aussi l’envisager plus respectueux de l’humain, pour pouvoir créer une société plus saine et plus écologique sur le long terme. Yves Citton parle de la nécessité d’une écologie de l’attention, qui permettrait de sortir de la logique économique aussi bien les espaces réels que virtuels, ce que nous ne pouvons que soutenir.

Pour résumer, il fallait donc pour nous, d’une part, nous attaquer aux problèmes environnementaux aux plus forts impacts directs, aujourd’hui, le streaming et le renouvellement des terminaux, qui font figure de véritable urgence. D’autre part, raisonner sur le plus long terme pour proposer un web différent, plus respectueux de l’humain comme de la planète. Ces deux dimensions en tête, la question qui se posait à nous était de savoir comment nous allions les traiter. Et c’est ce que nous allons maintenant voir.

II) Comment sauver le monde même sans avoir été mordu par une araignée radioactive ?

Avant de commencer à changer le monde, nous nous sommes plus modestement attelés à l’amélioration de nos pratiques en tant qu’asso. Si on a toujours eu de grandes (et parfois, trop grandes ) ambitions pour WASABI, l’idée était de jouer par cercles concentriques, en partant du local pour aboutir au plus général. Nous voulions d’abord modifier nos pratiques internes, pour ensuite proposer aux autres associations (et étudiants) de l’établissement de nous suivre dans notre transition, pour enfin tenter d’exporter notre modèle dans d’autres universités (c’est ce qu’on est précisément en train d’essayer de faire avec cet article 😁)

1) Créer un contre modèle en interne :

a) Améliorer sa communication interne

Nous avons commencé la mue d’Agir Alternatif en modifiant les logiciels que nous utilisions pour notre communication interne. L’idée était qu’un membre d’Agir Alternatif puisse participer aux projets qui l’intéressaient en utilisant uniquement des outils éthiques. Il n’était pas question de bannir entièrement les GAFAMs de nos pratiques (d’ailleurs, on a toujours un groupe whatsapp en activité), simplement de permettre aux « objecteurs de conscience » de pouvoir faire autrement, tout en promouvant l’usage d’outils alternatifs. D’une certaine manière, il s’agit d’une responsabilité en tant qu’association : nous n’avons pas à rendre obligatoire à nos membres le recours à des services qu’ils peuvent (légitimement) considérer comme malveillants.

Pour certains de nos nouveaux services de communication interne, nous avons fait le choix de mettre la main au portefeuille. C’est bête à dire, mais si on veut réussir à associer numérique/écologique, il est nécessaire de comprendre que les clouds où sont stockées nos données ne sont pas des espaces éthérés, mais reposent sur des infrastructures matérielles, les datacenters, dont l’emprunte carbone est considérable… et si quelqu’un vous propose un accès gratuit illimité à ces infrastructures dont le coût d’entretien est pourtant loin d’être nul, c’est qu’il y a anguille sous roche ! Accepter de payer, c’est prendre conscience de cette réalité que l’on a trop souvent tendance à oublier, et qui empêche de visualiser l’impact environnemental du numérique : tout cela à un coût !

Vous vous demandez comment nous avons investi notre argent ? Tout simplement en louant nos propres serveurs à une petite entreprise française, alimentée entièrement aux énergies renouvelables, et reversant une partie de ses bénéfices à des projets écolos. On y a ensuite installé des logiciels libres (dont le code est librement accessible et utilisable par tous), notamment l’excellent Agora Project, qui nous fournit à lui seul un Drive, un logiciel de visioconférence, un gestionnaire de tâche, un agenda partagé, un forum, et nous permet de réaliser des sondages (et ce n’est pas tout, mais on vous invite à lire cet autre article si vous voulez plus d’informations). Ça peut avoir l’air très compliqué… mais en fait pas tant que ça ! On vous promet qu’avec ce simple article, vous serez capables de le faire vous-même, sans aucune connaissance préalable (même s’il est hautement préférable que vous sachiez lire avant de vous y attaquer).

Pour certains autres services (notamment tout ce qui allait concerner les documents partagés) nous nous sommes tournés vers des solutions gratuites déjà existantes, essentiellement proposées par des associations à but non-lucratif. Nous pourrons les présenter plus précisément dans des articles futurs, mais en attendant, on vous invite à consulter notre indémodable (et sans sucre ajouté) « flyer des bonnes pratiques numériques » pour y trouver des alternatives aux services que vous utilisez sans doute aujourd’hui.

b) Remettre du piquant dans ses projets à grand coup de WASABI !

Une fois effectuée la transformation de nos pratiques internes, il ne nous restait plus qu’à la faire transparaître dans nos projets. Ça n’a pas été particulièrement simple avec cette année covid. En tant qu’association écolo, il aurait, par exemple) pu être intéressant de proposer des formations pour optimiser son vieil ordinateur et le garder plus longtemps… mais ce type d’intervention fonctionne généralement extrêmement mal en distanciel (difficile de régler un bug sans voir les machines) ! Nous avons donc dû négliger cet aspect.

Cela ne nous a pas empêché de d’intégrer une dimension numérique écologique dans nos projets . Par exemple, alors que beaucoup d’associations organisaient des Netflix Party, pour maintenir le lien avec leurs adhérents, nous avons choisi de jouer sur des Podcats Party (l’audio étant infiniment moins polluant que la vidéo, cela permettait de réduire considérablement nos émissions).

c) Et après ?

À force de réduire notre emprunte carbone liée au numérique nous sommes parvenus à montrer quelque chose de fondamental : que cela était possible ! Aujourd’hui, et pour beaucoup, il semble impossible de s’émanciper de la domination des GAFAMs… et pourtant, avec une équipe d’avortons (certifiés incultes en informatique), en partant de rien, nous sommes parvenus à un beau résultat, à forte portée symbolique. C’était l’un des grands objectifs de WASABI, rappeler qu’un autre monde est possible, et à la portée de tous (un objectif, et un préalable : difficile d’étendre son projet sans rien avoir à proposer).

Et une fois la possibilité de ce monde prouvé, il ne restait plus qu’à proposer au reste de notre établissement d’en faire partie… en clair, à lancer la deuxième phase du projet !

2) Inclure le reste de l’établissement :

a) Les autres assos :

Et au sein de cette deuxième phase, la première étape a été de travailler avec les autres associations de l’établissement, pour leur proposer de les aider d’améliorer leurs pratiques. Avec un risque que nous voulions éviter : se montrer trop « paternalistes ». Quelle que soit sa forme, le fonctionnement de réseaux sur le web n’est jamais neutre, et si nous voulions rénover largement les pratiques numériques de l’école, autant le faire le plus démocratiquement possible, en laissant les représentants des différentes associations mettre en avant autant leurs besoins que leurs envies.

Cela a débouché sur une première phase de réunion et de concertations entre assos, qui a abouti à la rédaction d’une « charte des bonnes pratiques numériques à l’IEP », document fil rouge pour la suite du projet, qui nous permet de nous assurer que les solutions que nous proposons ne sont pas en déphasage avec la réalité du terrain. Si cela vous intéresse, nous reviendrons plus précisément dans un autre article sur la façon dont a été conçue cette charte… mais il nous reste encore à l’écrire.

La suite du projet est d’ailleurs elle aussi à écrire. Nous prévoyons de concevoir, une « formation numérique éthique », pendant les vacances, pour qu’à la rentrée 2021-2022, chaque asso de l’IEP puisse partir sur de bonnes bases, en utilisant des outils sains. Mais comme cela ne fait qu’un an que le projet existe, et que ce sera notre du première tentative de ce type de formation, on ne vous donnera des nouvelles du projet sur ce blog que d’ici quelques mois.

Un autre volet du projet était de proposer aux associations intéressées de partager avec nous les logiciels que nous avons installées sur nos serveurs… mais là encore, la transition se fera à la rentrée, donc il faudra attendre un peu pour avoir des nouvelles.

Ceci fait, il ne nous restera plus qu’à maintenir une permanence pour pouvoir répondre aux questions des assos en cours d’année, et éventuellement, modifier la charte en fonction des évolutions de besoins et envies.

b) Les étudiants :

En parallèle, nous nous attaquons aussi à la vie étudiante hors-asso. Et dans ce domaine, ce blog sera notre principal instrument. Le plan est simple (surtout dans l’idée) : à la rentrée 2021-2022, nous disposions de suffisamment d’articles capables de donner des ressources pour qu’un étudiant de l’IEP puisse passer l’ensemble de sa scolarité en utilisant des outils numériques écologiques et éthiques. Au-delà de proposer des alternatives, l’idée est aussi d’informer, en vulgarisant les enjeux autour du numérique, pour permettre à nos (bien aimés) lecteurs de comprendre quelles seront les modifications de leurs pratiques qui auront le plus grand impact direct. C’est encore en construction, mais on devrait bientôt pouvoir vous en dire plus.

En plus de cela, si notre amie la covid se montre plus généreuse, on espère pouvoir proposer des petits ateliers pour permettre d’optimiser son matériel informatique, et le garder plus longtemps, si possible en collaborant avec des associations locales qui travaillent déjà sur ces thématiques (un article sera dédié à ces projets une fois qu’ils seront enfin réalisés).

3) Diffuser :

Et une fois que l’on aura réussi tout ça (et même un peu avant, puisque vous lisez déjà cet article 😁) l’idée est de pouvoir faire bénéficier de notre expérience à d’autres écoles et universités. Vous le savez déjà, mais WASABI a été conçu pour entièrement reproductible. Croyez-nous, on est loin d’être des pros, et si on y est arrivés, il n’y a aucune raison que ce ne soit pas votre cas. Une fois achevée cette partie du blog, vous devrez être en mesure de reproduire (et on l’espère, améliorer), tout ce que l’on a fait… et si vous avez du mal, notre adresse wasabi@asso-sciences-po.ovh vous sera toujours grande ouverte !

Et la suite de cette section, c’est à vous de l’écrire.

Conclusion :

Nous voici à la fin de cet article. Un peu long je le concède, mais il fallait bien poser les bases. Si vous êtes un peu noyés sous les infos, et que la seule chose qui vous intéresse est d’avoir en tête les grandes étapes du projet WASABI pour pouvoir les reproduire, on a réalisé ce petit aide-mémoire, qui reprend les grands points de l’article :

À très vite pour la suite de notre incroyable (s’il en est) making-of !

Sisyphe

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