Un peu de théorie

Bonjour à tous !

Bienvenue pour ce nouvel article… et attention ! En commençant sa lecture, vous vous attaquez à une pierre angulaire de ce blog. En effet, c’est ici que l’on va (enfin) vous expliquer pourquoi nous menons ce projet, et quels sont ces fameux impacts éthiques et écologiques du numérique, dont on ne cesse de vous rabâcher depuis le début de WASABI. Pour nous, l’objectif de cette mise au point est double : d’une part vous aider à comprendre les principaux enjeux qui se cachent derrière ce problème (avouez que c’est quand même plus agréable de comprendre où on va), d’autre part, vous donner toutes les clefs pour hiérarchiser ces différents enjeux, et ainsi améliorer vos pratiques de manière réellement significative (parce que trier sa boîte mail, c’est bien, mais on va le voir, d’autres actions ont un impact nettement plus grand).

Allez, on arrête de vous faire languir : entrons directement dans le vif du sujet avec les enjeux environnementaux du numérique !

I) Numérique et écologie… un mix vraiment gagnant ?

Bien souvent, lorsque l’on se place dans une perspective écologiste, on a tendance à considérer que le numérique relève plus de la solution que du problème. Et cette position est loin d’être erronée : dans de nombreux cas, l’usage du numérique se révèle bénéfique. C’est ce que l’on a observé avec l’essor du télé-travail, engendré par la pandémie de la covid-19. Mais voilà, croire que malgré ses avantages, le numérique est parfaitement neutre relève de la chimère… et d’une chimère dangereuse ! Car aujourd’hui, faute de questionner nos usages pour mieux les raisonner, le numérique se mue en un secteur toujours plus polluant. Et ceci pour plusieurs raisons…

1) Numérique et dérèglement climatique :

Passons sans transition à la problématique qui revient le plus régulièrement lorsque l’on parle d’écologie : celle du réchauffement climatique. Aujourd’hui, on estime que le secteur du numérique est à l’origine de 4 % des émissions de gaz à effet de serres mondiales. Un chiffre d’autant plus considérable qu’il est en constante augmentation : la plupart des rapports d’experts s’accordent sur un doublement d’ici la fin de la décennie, dans une hypothèse optimiste (et malheureusement, pas à cause d’une diminution des autres pôles d’émissions).

Pour le commun des mortels (et peut-être pour vous), il est assez difficile d’imaginer d’où vient cette pollution. C’est l’un des principaux problèmes du numérique : tout étant dématérialisé, on ne voit rien de ces impacts. Raisons de plus pour nous de nous y intéresser maintenant !

a) Infrastructures réseaux :

Si les impacts environnementaux du numérique sont aujourd’hui relativement méconnus, un de ses responsables est de plus en plus médiatisé :les datacenters. Vous en avez sans doute déjà entendus parler : des vastes parcs à serveurs, où des centaines de machines sont laissées activer 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, pour que nous puissions accéder aux données offertes par le web. En France, ces centres représentent une consommation en électricité légèrement supérieure à celle de la ville de Lyon.

Le problème est le même partout dans le monde, sauf que bien souvent, des énergies bien moins propres que le nucléaire sont utilisées pour le bon fonctionnement de ces centres (rappelons qu’aux États-Unis, 60 % de l’électricité provient encore de la combustion de carburants fossiles). Ces centres de données sont par ailleurs réputés pour générer énormément de chaleur (de par l’activité continue des machines), nécessitant la mise en place de système de climatisation souvent extrêmement énergivores.

Toutefois, si les datacenters constitue son élément le plus médiatisé, l’infrastructure réseau dans son ensemble se révèle énergivore. Pour pouvoir utiliser internet, il est nécessaire de passer par des antennes relais, des box internet, des câbles (parfois sous-marin) qui doivent eux aussi être installés et alimentés.

Tout cela pour que des milliards de données puissent transiter partout sur le globe… dont l’essentiel se révèle être des vidéos. D’après le rapport 2019 de the Shift Project, ces contenus, particulièrement gourmands en ressources, monopolisent 80 % des flux de données mondiaux. Conclusion : si vous voulez réduire l’impact climatique de votre usage d’internet, faire du tri dans ses mails est un beau geste, mais il ne sera pas réellement significatif si vous ne diminuez pas votre consommation de série Netflix en HD (rien que réduire la qualité de la vidéo, ça compte).

b) Production des terminaux :

Ces problèmes, qui relèvent de l’usage que vous allez faire de vos appareils numériques, représentent environ 2 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales… soit seulement la moitié de l’impact total du numérique ! Parce que oui, même si on l’évoque peu, le gros de la pollution engendrée par le numérique provient de la production des terminaux (ordinateur, téléphone…) que vous allez utiliser. La fabrication d’outils aussi pointus nécessite en effet d’utiliser des procédés tout sauf eco-friendly (ce qui est aussi vrai pour les appareils utilisés pour faire fonctionner l’infrastructure réseau, mais comme ils ne sont que 1,3 milliards, contre 34 milliards de terminaux en circulation, nous ne nous y attarderont pas).

Au-delà de la problématique assez classique du transport, dû à la division internationale du travail, c’est l’extraction des métaux nécessaires au bon fonctionnement de nos appareils qui pose aujourd’hui le plus de problèmes, et pas seulement d’ordres climatiques. Et c’est sur cette notion que nous allons maintenant nous pencher.

métaux-rares) qui permettent le fonctionnement de nos terminaux, de par leur f

2) Une pression sur les métaux-rares :

a) Impact environnemental de la production

Si votre téléphone portable est dans la moyenne, on peut raisonnablement supposer qu’il contienne environ 50 métaux différents, tous présents en très petites quantités. À priori on a dû mal à comprendre comment ces métaux, quoique rares, peuvent avoir un impact significatif sur l’environnement si l’on en prélève que quelques grammes pour chaque terminal… et pourtant ! Si vous utilisez un ordinateur, de 2 kg, celui-ci aura nécessité pour sa fabrication l’extraction de 600 kg de minéraux !

On dit souvent que ce sont des éléments chimiques appelés terres rares (ou plus largement des métaux-rares) qui permettent le fonctionnement de nos terminaux, de par leur forte conductivité. Cette appellation est toutefois trompeuse, puisqu’à proprement parler, ces matières premières ne sont pas « rares ». On les trouve un peu partout sur le globe. Le véritable problème est leur concentration, extrêmement faible sur les sites d’extraction. Pour extraire quelques grammes de terres rares, il sera parfois nécessaire de prendre avec plusieurs tonnes d’autres minéraux avec lesquels elles sont entre-mêlées, ce qui génère une dépense en énergie colossale.

Et encore, leur extraction ne représente qu’une partie du problème : car une fois sortie du sol, il faut les purifier, en les séparant des autres minéraux, pour les rendre utilisables. Et les procédés chimiques pour aboutir à ce résultat génèrent des déchets considérables (dont certains radioactifs) qui sont, à défaut de normes environnementales dans les pays où se pratique l’extraction, reversés directement dans la nature.

Cette prédation des ressources est rendue nécessaire par notre renouvellement trop fréquent des terminaux, relégués à la décharge pour de nouveaux modèles. On pourrait éventuellement envisager atténuer cette pression en recyclant les métaux issus de nos appareils… le problème étant qu’aujourd’hui, cette solution ne fonctionne absolument pas ! D’une part, parce que les terminaux en fin de vie ne deviennent souvent… rien du tout. En France, 100 000 millions de téléphones dorment dans tes tiroirs sans que qui que ce soit en ait l’usage.

D’autre part, parce que lorsqu’ils sont collectés, rien ne garantit qu’ils soient redirigés vers des filières de recyclage (aujourd’hui, au moins 60 % des déchets électroniques sont gérés par des circuits illégaux, ce qui augmente considérablement les risque de les voir finir en décharges sauvages). Et enfin, quand bien même le téléphone serait recyclé, seule une infime partie de ses métaux pourra être récupérée, et ceci par des processus très peu écologiques. On trouve en effet principalement, dans les terminaux, des alliages, inutilisable tel quels (il faudrait séparer les métaux d’origine déjà alliés, ce qui est tout sauf simple).

b) Impacts sociaux et éthiques :

Et vous l’aurez deviné, tout ça n’est pas sans impact pour les populations vivant à proximité des zones d’extraction. On ne développera pas ici (l’article commence déjà à être long) mais si le sujet vous intéresse, on ne peut que vous conseiller cet article du Monde.

Et au-delà des impacts sur la population, les mineurs souffrent eux aussi, souvent, de cette situation. Notamment lorsqu’il s’agit justement de mineurs mineurs, comme en République Démocratique du Congo, responsable de 60 % de la production mondiale de cobalt.

Des enjeux géo-politiques viennent aussi se poser. Aujourd’hui, la Chine contrôle 90 % de la production mondiale des 17 terres rares indispensables aux bons fonctionnements de nos terminaux, et elle profite déjà de ce quasi-monopole pour imposer des quotas à la production et aux exportations, au détriment du reste du monde…

1) Et les GAFAMs dans tout ça ?

a) Des efforts largement insuffisants :

Si le numérique pose aujourd’hui tant de problèmes, on peut se demander ce que font les grandes entreprises qui dominent le secteur, les fameux GAFAMs (Google, Apple, Amazone, Facebook, Microsoft), auxquels on peut ajouter Netflix, tant l’impact du streaming sur les émissions de gaz à effet de serres est aujourd’hui considérable.

Il faut reconnaître que pour ce qui est du côté infrastructures réseaux et approvisionnement en sources d’énergie, des efforts ont été consentis par les géants de la tech. Depuis que des associations tels que Greenpeace militent et produisent des rapports sur l’emprunte carbone du numérique, des progrès significatifs ont été observés en termes de recours aux énergies renouvelables plutôt qu’au charbon.

Toutefois ces progrès ne sont pas également répartis selon les géants du numérique, et s’accompagne quasi-systématiquement de ce que l’on appelle un effet rebond : les gains d’efficacités technologiques sont compensés par une modification des habitudes et le recours à des contenus plus énergivores (pour information, c’est précisément ce type de problèmes que les experts redoutent avec la 5G). Que Netflix se tourne vers les énergies vertes, mais lorsque l’entreprise en profite au passage pour augmenter à outrance la qualité par défaut de ses vidéos ou annonce qu’elles se lancent sur le marché du cloud gaming (bien plus énergivore) ces efforts sont vite compensés…

Et du côté de la production des terminaux (qui représente, rappelons-le, aujourd’hui 50 % de l’impact climatique du numérique), leurs résultats se révèlent carrément médiocres. Un comparatif de the Ethical Company Organisation, sur les fabricants d’ordiphones, atteste des mauvaises performances des géants de la tech.

Et au-delà de la simple production, il faut comprendre que les pratiques des GAFAMs diminuent considérablement la durée de vie des appareils, poussant à un renouvellement plus fréquent. L’obsolescence logiciel et les mises à jour forcées vers des logiciels toujours plus énergivores, jamais remises en question, posent aujourd’hui un problème considérable. Sans parler des blotware, ces logiciels pré-installés sur les terminaux, extrêmement complexes à désactiver, qui consomment inutilement de l’énergie et poussent à utiliser des appareils plus puissants sans aucun gain objectif pour l’utilisateur…

b) Un mode de vie inadapté ?

Et assez rapidement, le modèle économique même de ces plateformes vient à en être remis en cause. Attendu que, le consommateur, c’est le produit, tout est conçu pour nous maintenir le plus longtemps possible sur des plateformes pourtant climaticides. À grand coup de contenus ciblés, les géants du web sont tout à fait capables de nous maintenir sur leur service, au-delà de ce que nous suggère notre volonté. Et comme souvent en écologie, doper artificiellement la consommation, ça n’a rien de bon pour la planète.

On pourrait aller plus loin en notant que l’hyper-exposition permanente à des contenus conçus, à partir de nos données personnelles, pour être plus facilement ingérables, n’incite pas réellement à la mise en place d’un mode de vie écologique. D’une part, un modèle économique raposant sur la publicité ciblée et l’incitation à une consommation qui dépasse très largement le cadre de nos besoins est loin d’être souhaitable. D’autre part, l’enfermement au sein de sa sphère de pensée peut entraîner un penchant assez dramatique vers les extrêmes (voir le rôle de Facebook dans la campagne de Trump, et celui de whatsapp dans celle de Bolsonaro), et une acclimatation aux contenus court-termistes et facile à ingérer, peu encline à nous pousser à remettre en question nos pratiques.

2) Les solutions existent déjà !

a) Agir maintenant !

Un état de fait peu reluisant, donc. Fort heureusement pour nous, de nombreuses solutions existent d’ores et déjà ! Sur le plan des impacts environnementaux « directs » du numérique, quoique les études et les indices existants soient encore trop peu nombreux, nous sommes déjà capables d’identifier les principaux pôles d’émissions (aujourd’hui, principalement le streaming et la fabrication des terminaux, qui représentent 75 % des émissions de GES du numérique). Que ce soit à travers des marques qui tâchent de fabriquer des terminaux à longue durée de vie et dont les métaux ont été extraits dans de bonnes conditions (Fairphone, Why…), des logiciels plus légers, ou des serveurs moins énergivores, nous disposons de ressources pour diminuer collectivement notre emprunte carbone numérique. Et avec WASABI, nous allons tâcher de vous aider à vous les approprier !

b) Pour une écologie de l’attention :

À travers les ressources que nous allons vous présenter, nous essayerons, en plus de créer un web plus sain pour l’environnement, de faire du web un environnement plus sain pour vous ! Nous essayerons de nous placer autant que possible dans une perspective d’écologie de l’attention (concept aujourd’hui notamment mis en avant par Yves Citton). L’idée est de proposer des logiciels respectueux de l’humain, qui ne cherchent pas à noyer l’utilisateur sous un flux permanent de données, afin d’augmenter son temps passé derrière un écran (pour éviter tous les problèmes écologiques indirects que nous évoquions dans notre partie précédente).

Pour cela, nous nous appuierons à de nombreuses reprises sur le mouvement du logiciel libre. Pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit de logiciels dont le code source est accessible à tous (ce qui permet de s’assurer de la qualité de son fonctionnement), utilisable gratuitement, librement modifiable (ce qui permet un développement communautaire de la plateforme), et conçus pour être partagés entre utilisateurs. Leur caractère non-lucratif assure généralement l’absence de fonctionnalités inutiles, alourdissant inutilement le logiciel dans le but de faire augmenter artificiellement son utilisation.

c) Allons-y !

Ceci étant dit, il ne nous reste plus qu’à passer à l’action ! Sur ce blog, pour tous les étudiants individuels, à travers notre espace Agora, pour les associations de l’IEP, ou dans notre Making-of, pour toutes les associations extérieures à l’établissement.

À très vite !

Pour aller plus loin :

PS : Ah, oui, une dernière petite chose avant de nous quitter : si vous souhaitez approfondir un peu sur le plan théorique avant de vous lancer sur le plan pratique, on vous offre ces quelques petits liens 😉

Un petit portail vers Green IT, un site qui fait désormais référence dans le domaine du numérique écologique : https://www.greenit.fr/

Un rapport nettement plus chiffré et scientifique que ce qu’on vous a offert ici, avec the Shift Project : https://theshiftproject.org/article/pour-une-sobriete-numerique-rapport-shift/

Pour les audiophiles d’entre vous, quelques podcasts sympas sur le sujet :

Comment dresser son smartphone (vivons heureux avant la fin du monde, épisode 3)

La pollution est aussi en ligne

Et si vous voulez approfondir en vous amusant (et que vous avez 10€ à payer) on ne saurait que trop vous conseiller l’atelier fresque du numérique, accessible en ligne :https://www.fresquedunumerique.org/

3 réflexions sur “Un peu de théorie”

  1. Ping : Optimiser son téléphone – WASABI

  2. Ping : WASABI : LE POURQUOI DU COMMENT ? – WASABI

  3. Ping : Améliorer la durée de vie de ses terminaux : – WASABI

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