Module 4

Au cours des trois premiers modules de cette formation, nous vous avons donné toutes les bases pour engager votre association dans une transition vers un numérique plus durable. Que ce soit à travers de la théorie, des logiciels, ou tout simplement des bonnes pratiques, vous avez maintenant toutes les cartes en main… reste à savoir comment les jouer !

Car lorsqu’on est une association, une question se pose très vite : comment passer à des services numériques plus éthiques sans nuire à sa propre efficacité. Parce que si, on espère vous en avoir convaincu avec nos alternatives, Facebook et consorts ne sont pas les logiciels les plus performants qui soient, ils bénéficient aujourd’hui d’un écrasant avantage en termes de nombre d’utilisateurs. Ce module portera donc sur les stratégies que vous pourrez mettre en place pour réussir la transition numérique de votre asso, dans un contexte où les logiciels éthiques que vous souhaitez utiliser sont très largement minoritaires.

I) Un exemple vaut mieux qu’un long discours…

Pour commencer, on tient à vous présenter le parcours de quelques associations qui ont déjà effectué une transition vers un numérique plus éthique (ici, il s’agira de logiciel libre et pas d’écologie à proprement parler, mais les deux sujets restent liés et la mise en application relativement similaire). Les pages 53 à 63 du Guide de la Libre Association, édité par l’April, vous dresse le portrait de 4 expériences réussies (pour reprendre la terminologie du guide) qui pourront vous inspirer.

II) … mais les longs discours, c’est bien quand même !

Toutefois, ces exemples ne pourront « que » vous inspirer, puisqu’ils se révèlent assez éloignés du contexte bien particulier de l’association étudiante. C’est pour cela que dans notre générosité aussi légendaire qu’inépuisable, nous n’avons pu nous empêcher de reprendre avec vous les grandes étapes de la mise en place d’une transition numérique éthique : définir ses objectifs, trouver les moyens de les mettre en œuvre, et les appliquer à l’association.

1) Définir vos objectifs :

Pour commencer, il vous faudra définir clairement ce que vous avez envie de faire. C’est un préalable nécessaire : si tout le monde au sein de l’asso ne s’entend pas sur ce qu’est un numérique éthique et écologique, il vous sera difficile de l’atteindre.

Un bon début serait de déterminer clairement les valeurs que vous voulez intégrer à votre projet. Pour cela, vous pouvez aller piocher dans notre Charte des bonnes pratiques numériques à l’IEP :

Rédigé à la suite de réunions préparatoires avec les représentants de plusieurs assos de l’IEP, elle énumère des valeurs, ainsi que quelques idées d’actions pour les appliquer au domaine du numérique. Un bon moyen pour que tout le monde s’y repère, donc.

Deuxièmement : définir l’ampleur que vous souhaitez donner à votre transition pour l’année universitaire à venir. On ne change bien sûr pas tous ces logiciels, du jour au lendemain, mais l’on peut être plus ou moins ambitieux.

Un objectif qui nous semble raisonnable serait de donner le choix à vos membres d’utiliser des logiciels éthiques. En d’autre termes, que quelqu’un qui ne souhaite pas installer un logiciel en contradiction avec les valeurs que vous avez énoncées précédemment ne se sente pas complètement exclu de l’asso, qu’il existe toujours pour lui au moins une alternative.

2) Trouver les moyens de les mettre en œuvre :

Quelles que soient vos ambitions et vos valeurs, il vous faut maintenant mettre en œuvre les moyens pour les atteindre. Normalement, on vous a déjà donné pas mal de clefs dans les modules précédents, mais il vous reste encore à organiser tout ça..

Ce qu’on vous conseille de faire, c’est de préparer un grand tableau, et d’y intégrer les trois colonnes suivantes :

  • Bonnes pratiques : dans cette colonne, inscrivez toutes les idées que vous pourrez adapter à votre association, qui n’impliquent pas de changer de logiciels. Des trucs simples du type : « recommander à ses membres de limiter au maximum l’usage de la vidéo, et leur donner les ressources pour qu’il puisse compresser les fichiers lorsqu’ils sont contraints d’y recourir » ; « réfléchir avant de rajouter une image dans une publication ». C’est pas grand-chose, mais ça change déjà beaucoup.
  • Les logiciels de projets : ici, inscrivez tous les logiciels qui pourront éventuellement servir à votre asso sur un projet particulier, mais ne nécessitent pas une adoption simultanée par tous les membres de l’asso pour être efficaces. Par exemple,lles framapads (alternative à Google Docs), que l’on vous présentait dans le module 3 fonctionnent sans créer de compte, simplement en s’échangeant un lien. Il peut donc s’imposer progressivement, projet par projet, même si tous les membres de l’asso ne l’utilisent pas d’un coup.
  • Les logiciels systémiques : Tous les logiciels qu’ils seraient bons d’utiliser, mais qui sont inutiles si toutes l’asso ne les adopte pas en même temps. Cela concerne principalement les Clouds, les groupes de discussion, et les réseaux pour communiquer avec les autres étudiants. Avec Agir, on fait le choix de favoriser, dans ces 3 domaines, respectivement Agora Project (que vous devez déjà connaître), Signal (si vous ne connaissez pas, on a un article dessus sur notre blog, et le groupe de promo des 1A est dessus), et Mobilizon (qu’on utilise aujourd’hui en plus de Facebook, pour que personne ne soit contraint d’installer l’appli pour suivre notre communication)).

Grâce à ce tableau, vous disposerez d’une offre de logiciels et de pratiques (susceptibles d’évoluer dans le temps. Reste maintenant à promouvoir cette offre auprès des membres de votre asso (pour les logiciels et les pratiques qui peuvent s’imposer par la simple promotion, et à vous organiser, pour les logiciels qui nécessitent l’adhésion de tous.

Deuxièmement : définir l’ampleur que vous souhaitez donner à votre transition pour l’année universitaire à venir. On ne change bien sûr pas tous ces logiciels, du jour au lendemain, mais l’on peut être plus ou moins ambitieux.

Un objectif qui nous semble raisonnable serait de donner le choix à vos membres d’utiliser des logiciels éthiques. En d’autre termes, que quelqu’un qui ne souhaite pas installer un logiciel en contradiction avec les valeurs que vous avez énoncées précédemment ne se sente pas complètement exclu de l’asso, qu’il existe toujours pour lui au moins une alternative.

3) Appliquer :

Pour ça, rien de tel qu’une bonne réunion, avec tous les membres de l’asso, pour poser les bases de votre transition. Ça peut paraître un peu excessif, mais s’il y a bien une constante dans les projets de transition numérique éthique, c’est celle-là : toutes les tentatives qui se sont faites sans s’être assurées de l’adhésion préalable de tous se sont révélés des échecs. Alors autant prendre le temps de se poser, pour aborder collectivement les points suivants :

  1. Expliquer les raisons à l’origine de la transition de votre asso, et tâter le terrain, pour voir si l’absolue majorité de vos membres sont près à vous suivre. Attention : l’expérience prouve que même une minorité de réfractaires est suffisante pour faire capoter un projet. Si vous ne suscitez par l’enthousiasme général, oubliez provisoirement les logiciels systémiques, pour vous contenter de la promotion des logiciels de projets et des bonnes pratiques.
  2. Si votre public est convaincu, présentez dans le détail les nouvelles plateformes « systémiques » que vous souhaitez utiliser (si ce n’est pas le cas, passez directement au point 3, ou revenez au point 1 pour persuader les réfractaires, votre tentative est vouée à l’échec). Là encore, il vous est fortement déconseillé de vous contenter d’une documentation envoyée à vos membres (souvent, complètement inefficaces) Présentez aussi bien les logiciels que vous comptez utiliser que l’usage que vous comptez en faire au sein de l’asso. Ça peut paraître anodin, mais si vous n’avez pas précisé à l’avance dans quel usage il est légitime de poster un message sur le forum d’Agora (par exemple), il y a un grand risque pour que personne ne se sente jamais légitime (devant des codes inconnus) et que votre forum reste vide.
  3. Une fois que vous aurez réglé cette question, il ne vous restera plus qu’à mettre en avant les bonnes pratiques et logiciels de projet potentiellement adoptable par votre asso. Pour que votre intervention reste dans les mémoires, un petit document de synthèse (à tout hasard, celui que nous vous proposons ici ;-)) peut être le bienvenu. Si vous voulez aller encore plus loin, vous pouvez même renvoyer vos membres vers notre magnifique guide pour passer son année à l’IEP sans aucun GAFAM (oui, ceci est un énorme placement de produit, et on l’assume 😁).

Une fois cette première réunion effectuée, il ne vous reste plus qu’à pérenniser l’initiative, en vous assurant que vos futurs nouveaux adhérents puissent bien comprendre votre démarche. Pour cela, votre document de synthèse peut se révéler très utile, mais un référent numérique éthique clairement défini au sein de l’asso, à qui les membres savent qu’ils peuvent s’adresser en cas de pépin, est essentiel (sachant que si le référent se trouve dans l’incapacité de régler un des problèmes qui lui est soumis, il peut bien sûr s’adresser à Agir à travers notre forum habituel 😉).

À force d’échanger des connaissances au sein de l’asso, ce référent peut même devenir multiple ! Si vous utilisez Agora n’hésitez pas à créer un dossier contact regroupant toutes les personnes formées à l’usage des plateformes numériques éthiques, pour que l’on puisse s’y retrouver.

Mais dans tous les cas, même si on peut avoir plusieurs personnes susceptibles de répondre aux questions techniques, il est nécessaire qu’une (ou plusieurs) personne(s) supervie(ent) le projet de transition dans son ensemble, pour s’assurer de sa bonne marche.

III) Webographie indicative :

Pour concevoir ce module, en plus de notre expérience au sein d’Agir (et de quelques autres associations), nous nous sommes principalement appuyés sur 3 sources :

  • Le Guide de la libre Association, de l’April. On vous l’a déjà mis plus haut pour les expériences réussies. Il est assez long (78 pages) mais si vous avez le temps, le chapitre Changer de système d’exploitation (p47) donne des pistes intéressantes.
  • Le Guide RESOLU (on reste toujours cantonné au logiciel libre, mais il est très sympa)
  • Et enfin, le mooc Numérique Responsable, organisé par l’INR. Bon il abuse peut-être un peu trop des vidéos pour rien, mais les modules Agir dès maintenant (du 5 au 11) sont intéressants.

Et voilà ! Ici s’achève cette formation WASABI… enfin, « s’achever », façon de parler ! En réalité, ça ne dépend que de vous : si vous souhaitez continuer de nous poser des questions sur notre forum, notre équipe d’experts auto-proclamés sera ravie de vous répondre, et ceci, à n’importe quel moment de l’année !

Merci de nous avoir suivi, et on espère, à très bientôt !

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